Quatre questions à Mike Fedida, Responsable du projet Seriously pour Renaissance Numérique

05 mars 2018

Mike Fedida, Responsable du projet Seriously pour Renaissance Numérique

  1. Pourquoi un tel projet ?

Le projet Seriously a été initié après les attentats qui ont frappé la France en janvier 2015. L’équipe de Renaissance Numérique s’est interrogée sur ce qu’elle pouvait faire en tant que think tank du numérique, et surtout comme citoyens, pour agir à son échelle face à la dynamique haineuse particulièrement visible sur Internet. 

En étudiant le sujet, nous avons constaté que la dimension virale et universelle que donne Internet aux propos haineux apporte une complexité nouvelle et implique de définir de nouvelles approches. En effet, les dispositifs de signalement, principaux leviers d’actions, ne peuvent suffire à lutter contre ce phénomène. Seule une mobilisation collective de la société dans son entier pourra y participer. Avec Seriously, il s’agit donc d’équiper tous les acteurs de la société en leur fournissant un outil et une méthode pour pacifier les échanges en ligne. A l’occasion du lancement officiel le 10 juillet 2017, le think tank a publié une note, « Agir face à la haine sur Internet dans une société collaborative », qui contextualise le lancement du projet et décrypte les contours de ce phénomène complexe, devenu un problème de société majeur.

  1. En quoi consiste cet outil et pourquoi est-il innovant ?

Seriously est à la fois une plateforme numérique, www.seriously.ong, et une méthode d’accompagnement qui permet aux internautes de pacifier les échanges en ligne, grâce à l’argumentation. Complémentaire aux outils de signalement, Seriously propose un parcours en trois étapes :  

  • Des éléments factuels pour objectiver le débat et susciter l’esprit critique ; 
  • Des conseils d’experts pour accompagner sur le plan émotionnel et psychologique les utilisateurs afin de dépassionner la discussion ; 
  • Des ressources adaptées au format numérique pour illustrer son argumentation.

L’aspect innovant du projet se situe à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la démarche collaborative qui sous-tend le projet mérite d’être soulignée. En effet, Renaissance Numérique est un think tank expert du numérique et non des problématiques haineuses. C’est pourquoi nous nous sommes entourés d’un écosystème d’acteurs spécialistes de ces enjeux afin de concevoir et développer le projet. Nous avons réuni des associations de défense des droits, des acteurs éducatifs, des plateformes du numérique ou encore des institutions.

Ensuite, nous pouvons mentionner la dimension pratique du projet. Si les études sur le sujet sont relativement nombreuses, en particulier à l’étranger, nombreux sont les chercheurs qui ont exprimé leur intérêt pour Seriously, car ils y retrouvaient la transposition de leurs recherches académiques à travers un outil pratique. 

Enfin, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a promu www.seriously.ong parmi les meilleures pratiques de contre-discours à l’international, dans un rapport intitulé « Countering Violent Extremism and Radicalisation that Lead to Terrorism: Ideas, Recommendations, and Good Practices from the OSCE Region ».

  1. Existe-t-il des projets similaires au plan européen / international ?

Les outils similaires en matière de contre-discours ne sont pas nombreux. La plupart du temps, il s’agit de campagnes de communication (de sensibilisation ou d’interpellation) en ligne, et non d’outils opérationnels pour accompagner les internautes dans leur pratique. 

Nous pouvons mentionner les démarches d’éducation ou de formation hors ligne : initiatives d’éducation aux médias et à l’information en classe, interventions associatives en milieu scolaire pour promouvoir les bons usages des réseaux sociaux, etc…

Néanmoins, au regard de la prise de conscience publique depuis plusieurs mois, de nouvelles initiatives devraient voir prochainement le jour.
 

  1. Quelles sont les étapes à venir et le calendrier ?

Alors que le premier volet du projet Seriously était principalement destiné à accompagner les associations et les acteurs de la médiation sur le terrain (éducateurs, enseignants, etc.) pour les sensibiliser aux enjeux et actions en ligne, le think tank travaille aujourd’hui sur le public jeune en mettant l’accent sur le versant éducatif de son projet.

Ainsi, Renaissance Numérique consacre, depuis la fin de l'année dernière, ses efforts sur le développement d'une version éducative afin de proposer des expérimentations pilotes dans des établissements à partir de la rentrée 2018-2019. En effet, le think tank partage avec d’autres acteurs une conviction forte, à savoir l’urgence éducative en la matière. S’il est urgent d’apprendre aux élèves à évaluer dès le plus jeune âge la crédibilité d’une information, il est tout aussi indispensable de leur apprendre à la réutiliser dans le cadre d’un dialogue éthique et contradictoire sur Internet. Notre souhaitons proposer un module d’éducation au débat démocratique à l’ère du numérique (« instruction civique  2.0 »).

Enfin, notre volonté est de rendre le site www.seriously.ong davantage accessible au plus grand nombre, ce qui nécessite de rendre l’outil plus intuitif, notamment grâce à la fluidification du parcours utilisateur et à l’évolution de son design.

Pour aller plus loin